Search
Generic filters
João Pedro Martins
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp

Utiliser le théâtre d'improvisation pour discuter de la migration irrégulière avec des adolescents en Gambie.

João Pedro Martins est un doctorant et chargé de cours à l’Universitat Autònoma de Barcelona. Son intérêt pour la migration englobe les questions de cohésion sociale, les difficultés d’intégration des migrants au sein des communautés d’accueil, la migration LGBTI + ainsi que les politiques migratoires. En plus de ses activités académiques, João est également un consultant junior avec une vaste expérience et un savoir-faire dans le développement d’outils d’apprentissage (en ligne). Il a soutenu le Bureau régional de l’OIM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre et les bureaux de l’OIM au Nigéria et en Gambie dans le développement de nombreux outils, manuels et guides. Ces derniers comprennent notamment le cours en ligne RCCE en réponse au COVID-19, un guide pour le dialogue communautaire, et une boîte à outils destinées aux journalistes.

Dans ce podcast, João parle d’un projet qu’il a conçu pour l’OIM en Gambie. À la suite de recherches de terrain avec des jeunes habitants des zones semi-urbaines, il a conçu The Backway Improvisational Theatre. Il s’agit d’une activité ludique interactive destinée aux adolescents, mise en œuvre dans les écoles

et animée par des migrants de retour. Pour plus d’informations sur l’activité et comment la mettre en œuvre, visitez la page dédiée sur Yenna.

Site internet

Bérénice : João Pedro Martins est un chercheur brésilien qui vit maintenant à Barcelone, en Espagne, où il travaille sur sa thèse de doctorat. Il a une solide expérience académique dans le domaine des migrations internationales et a également travaillé auprès de différentes organisations dans le domaine de l’apprentissage, de l’éducation et de la formation. Aujourd’hui, nous souhaitons en savoir plus sur une activité de sensibilisation que João a menée et développée avec l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) en Gambie. Tout d’abord, il va se présenter et nous parler de la manière dont la migration est progressivement entrée dans sa vie.

João : Quand j’étais adolescent, j’ai décidé d’aller à l’université. Je voulais vraiment comprendre comment se passe la migration aujourd’hui car nous n’avons pas beaucoup de migrants aujourd’hui au Brésil. Je veux dire, nous n’avons pas beaucoup d’étrangers résidant au Brésil. Nous avons beaucoup de patrimoine, d’histoire, mais pas beaucoup d’étrangers. Je désirai vraiment sortir de ma réalité de petite ville et voir le monde, voir ce que serait la migration au sein d’une grande ville ou au sein d’une ville très cosmopolite comme ce que l’on voit dans les films ou dans ce que j’avais l’habitude de lire.

Je vis en Espagne depuis près de trois ans maintenant, et auparavant j’ai vécu en Italie, en Espagne et en France. En essayant de comprendre les phénomènes migratoires dans le monde, je suis moi-même devenu un migrant.

Bérénice : Aujourd’hui, nous souhaitons en savoir plus sur une activité de sensibilisation que João a dirigée et co-créée avec l’OIM en Gambie appelée le «Backway Theater». Nous allons apprendre comment l’activité a été élaborée et quelle méthodologie a été utilisée.

João : J’ai été invité par l’OIM en Gambie pour développer et co-créer avec les équipes une méthodologie de sensibilisation pour les adolescents au sein des écoles. Notre groupe cible était les adolescents du collège et du lycée. Suite au travail de terrain en Gambie dans les ville de Banjul et Serrekunda, qui est la zone métropolitaine de la capitale, j’ai développé le «Backway Theater». C’est un théâtre d’improvisation réalisé avec des adolescents. Pendant l’activité, ils expliquent ce qu’ils comprennent de la migration, puis ils reçoivent une formation avec les retournés du « backway ».

Le « backway » est donc le nom donné à la route utilisée pour atteindre l’Europe depuis l’Afrique de l’Ouest. Cette appellation est connue en particulier au sein du gouvernement. Fondamentalement, le « backway » fait référence à la migration irrégulière depuis la Gambie à travers le Sénégal ou le Niger jusqu’à atteindre la Libye et l’Italie, ou d’autres pays de l’Europe. Il s’agit de la route méditerranéenne typique, ou de la route méditerranéenne typique en tout cas jusqu’en 2018-19, car nous avons maintenant assisté à un très grand changement sur les routes empruntées par les migrants empruntant la voie régulière. Mais si l’arrière-plan est la migration irrégulière, il s’agit d’une route très difficile. C’est un voyage très difficile à travers le désert puis en traversant la Méditerranée. C’est aussi extrêmement dangereux.

Les gens en parlent tout le temps, mais c’est très délicat. Donc, il est difficile d’aborder l’ensemble des problèmes que la migration irrégulière implique et créer dans le même temps une prise de conscience de ses dangers sans forcément briser les rêves de quelqu’un qui souhaite migrer. Comment contribuer à la sensibilisation des personnes et leur faire comprendre quels sont les dangers de cette migration ? C’était donc le problème en Gambie. C’était très difficile car il est vraiment déroutant de comprendre quels sont les rêves de ces adolescents. Les adolescents sont des adolescents. Peu importe d’où ils viennent, car les adolescents ont beaucoup de choses en commun. L’une de ces choses est justement le fait de rêver.

Nous devons créer une prise de conscience avec la joie. Si vous n’avez pas de joie et ni de bonheur, les gens n’écouteront pas. C’est un fait humain, surtout s’ils sont adolescents. Probablement si vous m’écoutez, cher auditeur du podcast, vous avez été adolescent ou peut-être que vous étiez adolescent, et vous savez que les adolescents vivent dans l’ennui et qu’ils ont besoin de quelque chose de joyeux et de très entraînant pour maintenir leur attention. C’est donc à mon avis le défi principal de la sensibilisation ; gérer son privilège d’éducateur, être honnête à ce propos, et à la fois se montrer sensible, à l’écoute, et drôle. Vous devez vous amuser avec celui avec qui vous développer une activité de sensibilisation.

Bérénice : Après cette présentation générale de l’activité de sensibilisation, João va nous donner plus de précisions sur les objectifs et les avantages de l’activité.

João : C’est un théâtre improvisé que nous avons développé et en faisant ce théâtre d’improvisation, les adolescents doivent raconter l’histoire d’un migrant qui souhaite voyager quelque part. Nous proposons donc trois destinations. Premièrement l’Italie, puis l’Espagne à travers l’Atlantique, et enfin le Nigéria, qui fait partie d’une des destinations importantes. Chaque participant à l’activité représente un citoyen qui peut voyager avec son propre passeport. Nous offrons donc aux adolescents trois possibilités de migration. Ils doivent choisir, puis ils décident où ils souhaitent aller. Ensuite ils doivent expliquer leur choix avec un théâtre improvisé, c’est à dire, sans scénario, ils doivent juste jouer et raconter l’histoire de ces migrants qu’ils créent au travers de plusieurs personnages. C’était vraiment incroyable de voir à quel point les adolescents gambiens sont extrêmement créatifs. Ils aiment vraiment les feuilletons et les films et sont très passionnés par le fait de pouvoir jouer du théâtre. On pouvait voir que c’était très naturel pour eux.

Bérénice : João vient d’expliquer que pendant les activités, les élèves sont invités à improviser autour de l’histoire d’un migrant. Maintenant, nous aimerions savoir quelles sont justement ces histoires de migration.

João : C’était vraiment intéressant de voir que les adolescents gambiens, ils connaissent la migration, ils connaissent le contexte, ils en ont entendu parler, et ils ont aussi une vision critique à leur manière. Ils ont bien une vision critique mais cela ne signifie pas qu’ils ne choisiront pas le « backway » ou ne migreront pas. Il ne s’agit pas de cela. C’est juste que nous voulions comprendre ce qu’ils savent de la migration, ce qu’ils pensent de la migration. Et la meilleure façon de le faire est de les inciter à agir, de les amener à s’améliorer et à chanter, à créer des activités. C’était une très belle activité.

Tout au long de ce processus qui étaient les coordinateurs de l’activité ? Qui étaient les animateurs qui y travaillaient ? Il s’agissait des migrants retournés gambiens qui parlaient les langues locales, comme le peulh, le wolof. Certains parlaient aussi mandinka. Ils pouvaient communiquer et vraiment avoir une conversation avec empathie et compréhension avec ces adolescents. Je veux dire, j’aidais, je faisais la supervision. Mais ma tâche était de créer le contenu et de donner des conseils et du contenu pédagogique puis de tout mettre en place afin de donner une formation pour les animateurs. Mais les stars de cette activité sont bien les retournés eux-mêmes, qui donnent tout leur amour, leur sang et leur passion aux adolescents. Ils s’amusaient beaucoup aussi, car les retournés ont aussi été adolescents et comprenaient ce que voulait dire être adolescent, c’était donc très satisfaisant pour eux.

A la fin de ce théâtre d’improvisation, ces animateurs ont justement expliqué aux élèves qu’ils étaient des retournés, c’était une surprise en fait pour les adolescents. Au début ils n’expliquent pas qu’ils ont eux-mêmes été migrants. Donc, ces retournés ont eux-mêmes emprunté le « backway ». Ce ne sont ‘que des adultes’, mais ce sont des adultes qui leur expliquent une activité de leur point de vue. A la fin de l’activité, ils ont expliqué qu’ils étaient des migrants et que ce sont eux qui étaient représentés pendant l’activité de théâtre. C’est toujours un moment très fort parce que les jeunes ont des réactions comme « oh mon Dieu, je ne peux pas croire que vous étiez des retournés. Est-ce que je vous ai offensé ? ». Les adolescents se montraient généralement très choqués de voir une personne réelle revenue du « backway ». Et c’est une très belle chose parce que ce moment permet justement de sortir du tabou. Cela supprime cette angoisse de la migration, parce qu’une relation a été établie entre les retournés et les adolescents, et ils se sentent libres de leur poser des questions.

Bérénice : Nous sommes également curieux de savoir comment les élèves réagissent au théâtre improvisé et quelles sont leurs perceptions et représentations sur la migration.

João : Ce que nous avons pu voir dans les théâtres, c’est que les adolescents, ils sont sur les réseaux sociaux, ils ont Facebook et ils savent ce qui se passe. Ils lisent des nouvelles ; ils parlent anglais. Ainsi, ils ont beaucoup plus accès à l’information que nous, les adultes travaillant au sein des organisations internationales ou des universités, pouvons penser. Je veux dire, ils sont très intelligents et forment une nouvelle génération qui est connectée à ce qui se passe dans le monde. Les adolescents du pays ont aussi ce grand privilège, qui est de parler anglais et d’apprendre l’anglais à l’école.

Les adolescents savent ce qu’est un passeur. Ils savent où se trouvent les passeurs et ce qu’est la traite des personnes. Il était assez clair qu’ils le savent parce qu’ils représentent toujours quelqu’un qui fait passer des gens irrégulièrement à travers différents pays jusqu’à la destination finale. C’est donc quelque chose dont ils sont conscients et peut-être qu’ils ne savent pas à quel point cela peut être dangereux ou comment cela se produit.

Bérénice : Au terme de notre discussion sur le ‘Backway Theater’, João a également partagé avec nous quelques recommandations pour réussir la mise en œuvre d’actions de sensibilisation.

João : La sensibilisation a besoin d’empathie, c’est la seule chose à laquelle je puisse penser, elle a vraiment besoin de beaucoup d’empathie, car si vous créez de la sensibilisation, vous devez comprendre comment les gens se comportent. Il est vraiment difficile de savoir comment quelqu’un d’autre pense car il est vraiment difficile de comprendre les autres cultures en général. Fondamentalement, nous devons créer de l’empathie de manière à ce que les gens se sentent écoutés et qu’ils sentent qu’ils peuvent exprimer leurs sentiments et qu’ils peuvent vous faire confiance.

Je pourrais aussi intégrer ce que j’ai vécu en tant que migrant dans ces activités et leur parler, essayer de parler aux adolescents ou aux animateurs. C’est ce que j’ai essayé au moins. Et je pense que c’est la clé du succès. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une clé du succès pour tout dans la vie, mais c’est en tout cas une clé pour atteindre les gens. 

Bérénice : Ce podcast fait partie de la série de podcasts de recherche et est disponible sur www. yenna.org. La série de podcasts de recherche est financée par le gouvernement britannique par le biais du Foreign Commonwealth and Development Office (FCDO).

« Les points de vue, les pensées et les opinions exprimés dans ces podcasts n’appartiennent qu’à l’orateur, et ne reflètent pas le point de vue de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), de ses partenaires ou de ses donateurs. Ce podcast est protégé par creative commons et peut être utilisé par des tiers sous certaines conditions. Pour plus d’informations, contactez [email protected] »

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp

Similar

Migr’histoires
Mamadou DIA
Dr Elia Vitturini

This website uses cookies to ensure you get the best experience on our website. By using our website, you agree to our use of cookies.